Saracens Stade Français "Une aventure hors du commun" pour Victor Paquet - Rencontresaxv.fr Rencontresaxv.fr est un blog sur le rugby qui traite de l'actualité du rugby en France et à l'étranger. Pour les amoureux du ballon ovale

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« Une aventure hors du commun » (Victor Paquet)

Cette semaine, Rencontres à XV vous a plongé dans le quotidien de Victor Paquet, jeune pilier issu de la formation Toulousaine, actuellement au chômage, appelé à disputer à Londres un match amical avec le Stade Français contre les Saracens. Pour ce troisième et dernier épisode, embarquez dans le sac de Victor et respirez l’odeur du vestiaire parisien. « Quelques Jours dans le beau Paris » qui laisseront des traces indélébiles dans sa jeune carrière.

Jour 3 :
Aujourd’hui on s’est reveillé et levé tranquille, puis on a retrouvé tout le monde à la Gare du Nord pour monter dans l’Eurostar. Cet après-midi, sieste, puis un petit repas avant de partir à 17H pour jouer à 18H30. L’heure du match arrive, on va au stade à pied, ce qui est un fait rare quand même. En effet, une fois arrivé là-bas on se rend compte que ce stade est unique. C’est un terrain de cricket de l’armée ou ils ont mis en place des poteaux et des petites tribunes.

J’en ai marre à ce moment là, je ne veux plus attendre. Ceux qui jouent au rugby savent tous que l’attente d’un match est en général un moment très long. Le pire c’est lorsque vous jouez le soir à 21H, rien de pire. Une fois arrivé on descend au vestiaire, on nous file les maillots shorts et chaussettes, tout est prêt. On a du temps alors avec la Bez (Nico Bezy), on va sur le terrain voir un peu l’état de la pelouse mais surtout pour ne pas rester dans le vestiaire des heures. On échange nos premières impressions, on trouve que c’est vraiment chouette de jouer dans ce contexte, on rigole un peu. Pas trop de pression, à vrai dire je n’arrive pas trop à avoir la pression, au fond de moi elle doit exister quelque part mais comme le rugby est un jeu pour moi, c’est un moment ou l’on doit prendre du plaisir et non le contraire. Le problème avec le professionnalisme est que certains sont tellement tendus, ont tellement peur de mal faire (moi ça m’est déjà arrivé) qu’ils se bloquent, et ne sont pas à la hauteur.

Bref, voilà on s’y approche pleinement, au moment oû je descends dans les vestiaires ça sent bon… HHUUUMMM cette odeur, j’adore, c’est magique. Je sais pas si vos amis rugbymans vous l’avoueront ou pas, qu’on joue en 3ème série ou en Pro D2, en Fédérale 3 ou en Top 14, il existe toujours cette odeur de pommade chauffante, de crème, d’huile et le reste ! Ce détail est simplement sympa. Même ça, ça me manquait alors imaginez le reste… Là je me dis : « ça y’est j’y suis ». Je finis de me préparer, je suis l’un des derniers. On a 100mètres à faire des vestiaires au terrain, je les fais avec Q (Quentin D’arams), je pense à tout et à rien à la fois… C’est étrange ce que je ressens à ce moment là. Je pense à tous mes proches bien évidemment, ma famille, tous ces mecs du ROC (Rugby Olympique Carolomacérien, mon club de toujours, d’oû je suis originaire) et en même temps j’essaye de faire abstraction pour ne pas me mettre une mauvaise pression et bloquer lorsque je rentrerai.

On se rejoint tous sous les poteaux, le manager nous glisse quelques mots, rien de piquant cette fois-ci. Chacun fait un peu ce qu’il veut pendant 5min, moi je sais pas trop quoi faire, j’ai envie de toucher du ballon à mort. Je n’en peux plus. Je vais donc avec deux arrières qui font des largeurs de terrain en se faisant des passes. Je fais juste 2 longueurs mais je souris. Comment pourrais-je décrire ça ? Comme si un tox venait de prendre sa dose ? Voilà vous imaginez un peu le bien que ça m’a fait.

« A la mi-temps Richard Pool Jones vient me voir et me dit que je rentre dans 12min !! »

Le match démarre, je sais que je ne rentrerais pas maintenant, de toute manière je n’aurais pas tenu bien longtemps. On prend 3 essais en 20minutes mais on s’envoie bien, personne ne triche. On marque 2 essais coup sur coup presque. Pourquoi pas ? On peut peut-être le faire !! Et puis en fait les Saracens sont vraiment bien organisés, ils sont âpres dans les chocs. Depuis le bord du terrain ça à l’air de piquer mais bon c’est normal. A la mi-temps Richard Pool Jones vient me voir et me dit que je rentre dans 12min !! Les 12minutes les plus longues de ces derniers mois… 12 min c’est rien ! C’est un match de Fifa sur PlayStation, c’est le temps de trois chansons environ. Je m’échauffe bien car on a toujours une petite appréhension de se péter. Ca y’est je rentre. Putain que c’est bon bordel. Rien que d’y repenser j’ai cette petite boule qui traîne dans mon ventre. Au début je galope partout mais me rend vite compte que ça ne sert à rien, surtout que je ne pourrais pas jouer 25min comme ça !! Ca se passe bien ça va, mais honnêtement après coup je m’en foutais de faire une bonne prestation ou pas, le principal c’était de retrouver ce bonheur là et surtout de ne rien regretter. Je ne regrette rien aujourd’hui donc c’est cool. 25min ce n’est pas grand chose dans un match, j’ai eu l’impression de jouer 1h et en plus on ne poussait pas les mêlées quand je suis rentré, elles étaient simulées (pour un manque de première ligne chez ces cons là d’anglais). Mais heureusement, car déjà que je n’avais pas énormément de gaz, j’en aurais eu encore moins. C’est bien ce match, les anglais je ne les aime pas trop, j’adore les jouer, mais ce qui est agaçant c’est leur arrogance qui dure tout le match. Ils rendent fou mais bon c’est le rugby. Ils sont affûtés comme jamais, je ne sais pas ce qu’ils mangent chez eux mais bon à 20 ans tu as l’impression qu’ils sont développés comme un mec de 35 ans. Je me régale vraiment, ça pique mais c’est trop bon. Des rucks, des picks and go, des ballons ou on se fait détruire par les anglais qui sont mort de faim… Bref ça fait vraiment un bien fou !

« Contempomi était fier! »

A la fin du match, sur le terrain, le capitaine Contepomi nous a resséré et nous à fait part de son ressenti après ce match. Il était fier, on a jamais baissé les bras. Felipe était content d’avoir jouer ce match avec nous. Ses paroles étaient touchantes et sincères, venant d’un joueur de ce calibre c’est vraiment kiffant !! Une fois avoir passé la haie d’honneur, nous rentrons aux vestiaires, on échange un peu nos premières impressions. C’est cool, on est vraiment heureux d’avoir joué ce match et de ne pas avoir de regrets, personne, qui que ce soit dans cette équipe n’a démérité !!!

Et là, pour moi, c’est le moment le plus touchant du séjour. Richard Pool-Jones, le manager du Stade Français, ancien international anglais à multiples reprises, nous demande à tous de venir dans le vestiaire pour nous parler. Honnetêment, je ne sais pas si c’est la fatigue, le soulagement de revenir sur les terrains pour un match ou autres, mais il m’a énormément, et encore le mot n’est pas assez fort, touché. Il a tout d’abord remercié tout le club. Il nous a fait comprendre que s’il aimait le club c’était après des moments comme ça, ou malgré deux entraînements, l’équipe a montré de vrais valeurs. La magie du rugby s’est prouvée ce jour là selon lui. L’envie, la solidarité, le courage. Tout ça alors que on ne se connaissait que depuis deux jours. Au rugby quand vous avez le même maillot, la plupart du temps vous pouvez avoir entière confiance sur vos partenaires. Et puis, ensuite, il a parlé au capitaine, et c’est là que j’ai eu les larmes aux yeux. Il lui a dit vraiment sincèrement qu’il le respectait beaucoup pour ce qu’il avait fait aujourd’hui. Imaginez un peu, un mec qui a au moins deux Coupes du monde sous les crampons, je ne sais combien de sélections, qui vient jouer avec une équipe un peu guinguette. Je pense qu’au fond de lui ça le faisait chier de venir, mais hier, après le match, suite à son discours il était content d’avoir fait ça. Un Monsieur quoi.

« Une aventure hors du commun »

Moment important, le président est venu faire un discours plus léger mais qu’il l’a fait tout de même. Les 5 Joueurs chômeurs, soulagés, heureux, souriant, épuisés… Je les réunis et leur demande de faire une photo avec le maillot des parisiens, au moins pour l’envoyer à Provale, pour un petit clin d’œil. C’est marrant car le président et le manager se sont joint à nous sur une photo, excellent, petite anecdote marrante, sans rien leur demander.

C’est l’heure de la douche, des premières courbatures, de la vision des quelques coups de crampons sur les cannes… Que c’est bon !! Je savoure, je savoure… Je sors le dernier de la douche, papote un peu avec tout le monde. A ce moment là je suis heureux comme un gosse, mais vraiment ça faisait longtemps. Alors que je n’ai rien fait de spécial en plus. Je pense que si j’avais joué avec mes potes à Charleville ça aurait été la même. C’est la fin, la fin d’un riche moment, d’une aventure hors du commun. En toute franchise j’esperais que ce soit bien mais là c’était plus que très bien. Je n’ai plus trop de mots, j’ai peur de me répéter à force. Sincèrement, ce n’est pas si facile d’écrire ce que l’on ressent.

Je remercie tout le monde, staff, joueurs, mais surtout PROVALE et le STADE FRANÇAIS. Et dès aujourd’hui, je pense que quand je reverrais ces quatre mecs qui sont Yannick N’Gog, Olivier Auguste, Thomas Sourice et Q D’aram’s, on en reparlera souvent de cette magnifique aventure ! Le retour à la réalité risque d’être difficile, ce n’est pas grave. Pour me redonner le sourire je penserai à ces moments là…

Bon courage Victor. Et merci à toi pour ces moments écrits « dans le jus ».

1 commentaire sur “« Une aventure hors du commun » (Victor Paquet)”

  1. Catherine dit :

    Merci à toi Victor de nous avoir fait partager ta joie de revoir un stade, ton enthousiasme fait pliasir, et je te souhaite de tout coeur, ainsi qu’à tes 4 compagnons « chômeurs » de retrouver très vite une place dans la grande faimmle du Rugby… On peut être fier de soutenir le Stade Français, car les « bonhommes » qui l’anîment méritent notre respect….

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